La violence au travail est un sujet sensible, parfois tabou, qui concerne pourtant de nombreuses entreprises. Elle fragilise la santé des salariés, dégrade le climat social et pèse sur la performance globale. En tant qu’acteur de la qualité de vie au travail, la mission de PSO est de sensibiliser, et d’accompagner les organisations dans la prévention et la gestion de ces situations difficiles. Précisions avec Stéphanie Philippe, psychologue sociale pour PSO.
Qu’est-ce la violence au travail ?
La violence au travail revêt plusieurs formes
- Violence physique : agressions, menaces, gestes brusques ;
- Violence psychologique, souvent plus insidieuse : harcèlement moral, intimidations, humiliations, critiques injustifiées ;
- Violence verbale : insultes, propos offensants ou dénigrants, etc.
Ces comportements peuvent venir de collègues, de managers, mais aussi de tiers (les clients, les usagers, ou bien les partenaires). Dans tous les cas, ces attitudes dégradent la santé des salariés et détériorent la confiance au sein des équipes.
« J’ai souvent pu échanger avec des salariés qui, après plusieurs situations de critiques injustifiées et humiliantes en présence d’autres collègues, se sont progressivement repliés sur eux-mêmes, explique Stéphanie Philippe. Ce qui peut sembler anodin à certains – une remarque sèche, une blague déplacée – laisse parfois des traces profondes quand cela se répète. Dans bien des cas, cette souffrance se traduit aussi par des arrêts de travail à répétition. »
Harcèlement moral et discrimination : deux formes insidieuses de violence au travail
Le harcèlement moral et la discrimination peuvent être difficiles à déceler, car ils s’installent souvent dans la durée et passent inaperçus au départ.
- Le harcèlement moral se manifeste par des agissements répétés qui dégradent les conditions de travail et portent atteinte à la dignité du salarié. Il est important de souligner que le harcèlement n’est pas toujours exercé de manière consciente, et qu’il peut survenir sans intention de nuire.
- La discrimination repose sur un traitement inégal ou défavorable, fondé sur des critères interdits comme l’âge, le genre, l’origine, les handicaps, l’orientation sexuelle, etc. Quelques signaux d’alerte à tenter de repérer : isolement, perte de confiance, critiques récurrentes, mise à l’écart injustifiée, différences de traitement sans explication.
« La discrimination ou les différences de traitement ne touchent pas seulement l’individu, indique Stéphanie Philippe. Elles finissent par impacter l’ambiance collective. J’ai déjà accompagné des équipes où le climat était complètement détérioré, simplement parce que certains salariés se sentaient traités de manière moins équitable que d’autres. »
Les conséquences de la violence au travail pour les salariés et l’entreprise
Les impacts sont lourds, tant pour les salariés que pour l’entreprise.
- Pour les salariés : du stress chronique, à l’anxiété, en passant par les troubles du sommeil, jusqu’au burn-out.
- Pour l’entreprise : baisse de motivation significative des salariés, absentéisme à répétition, turn over, mauvaise image.
Stéphanie Philippe raconte : « en entretien, les personnes rapportent souvent les mêmes types de symptômes : troubles du sommeil, état dépressif, prise ou perte de poids excessive, stress, et somatisation. Et très souvent, la victime pense que le problème vient d’elle, alors qu’il s’agit bien d’un dysfonctionnement de l’organisation ».
Comment prévenir les situations de violence au travail ?
Prévenir la violence : les leviers d’action
Voici quelques actions à mettre en place dans l’entreprise.
- Sensibiliser et former les collaborateurs : par des ateliers, des formations comprenant des jeux de rôle pour apprendre à repérer et désamorcer les tensions.
- Écouter et accompagner : proposer des espaces confidentiels où les collaborateurs peuvent s’exprimer librement.
- Clarifier les règles : diffuser une charte de bonne conduite et expliquer les procédures en cas de conflit.
- Homogénéiser les pratiques entre managers : afin d’éviter le sentiment de différence de traitement.
- Former les managers : développer un leadership bienveillant et la communication non violente.
La prévention de la violence au travail doit être proactive et visible
Il existe différentes solutions pour limiter la violence sur le lieu de travail.
- Pratiquer la tolérance zéro : il est conseillé d’établir clairement la politique de l’entreprise contre le harcèlement et la discrimination, et de la rappeler. Cela peut être fait par des affiches, ou par des communications régulières.
- Libérer la parole : ne pas hésiter à encourager les salariés à signaler les comportements inacceptables, sans peur de représailles. Il est aussi conseillé de communiquer avec les équipes régulièrement.
- Nommer des référents : former des personnes identifiées capables d’écouter, de conseiller et d’orienter en toute confidentialité. Et si possible, mettre en place un dispositif où les salariés peuvent déposer une alerte de manière anonyme.
« Ce que je constate, c’est que lorsqu’une entreprise affiche clairement sa tolérance zéro et explique les recours possibles, les salariés se sentent plus en sécurité pour signaler les difficultés. Cela évite certains conflits entre les collaborateurs, décrit Stéphanie Philippe. Le simple fait de savoir qu’il existe des relais identifiés réduit déjà le sentiment d’isolement. »
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Vers un environnement de travail plus sain : protéger la santé des salariés
Ce qu’il faut retenir c’est que prévenir la violence au travail, ce n’est pas seulement éviter les risques juridiques. C’est surtout protéger la santé des salariés et garantir un climat de confiance.
Stéphanie Philippe confirme : « L’être humain a besoin d’être écouté et soutenu. C’est à la fois un gage de confiance envers l’entreprise et, par essence, une source de motivation pour aller au travail. »
Comment agir face à des situations de violence sur le lieu de travail ?
En cas de violence avérée, il faut réagir vite
Lorsqu’un incident survient, l’entreprise doit être capable de réagir immédiatement.
- Recueillir et consigner les faits avec précision (qui, où, quand, témoins directs de la situation). L’investigation peut être réalisée en interne ou bien l’enquête peut être confiée à un cabinet externe pour une plus grande impartialité.
- Soutenir la victime (écoute, accompagnement psychologique, aménagement temporaire si nécessaire).
- Sanctionner les comportements inappropriés via les mesures disciplinaires prévues.
« Une erreur fréquente qu’on observe dans notre métier, c’est de laisser traîner une situation en espérant qu’elle s’apaise d’elle-même. Au contraire, chaque jour qui passe sans action renforce la souffrance et aggrave le climat collectif. »
Le rôle essentiel des managers face aux situations de violence au travail
Les managers se trouvent souvent en première ligne lorsqu’il s’agit de gérer des tensions ou des comportements violents au travail. Pourtant, beaucoup se sentent démunis et craignent de mal faire. Cette perte de repères peut entraîner de l’inaction : le problème peut perdurer, ou s’aggraver.
« J’ai rencontré de nombreux managers complètement perdus face à certaines situations. Ce sentiment d’impuissance nourrit leur propre stress. Cela fragilise l’équipe, comme la confiance de l’équipe envers son manager. C’est pourquoi la prévention et la formation des managers sont essentielles : elles leur donnent des repères, les rassurent et leur permettent d’agir avec plus de confiance et de sérénité. »


