Dans un contexte où les rythmes de travail s’intensifient, bien dormir devient un véritable enjeu de prévention des risques psychosociaux. La qualité du sommeil, comme sa durée, se répercute au niveau individuel et collectif dans l’entreprise.
Mieux comprendre le rôle du sommeil et ses effets est essentiel pour repérer rapidement les signaux d’alerte. Et aussi pour mettre en place des solutions concrètes en entreprise. Prendre soin du sommeil, c’est aussi prendre soin des collaborateurs : les explications de Stéphanie Philippe, psychologue sociale chez PSO.
Comprendre l’importance du rythme circadien et du sommeil
Fonctionnement et rôle du rythme circadien
« Chacun d’entre nous fonctionne selon une horloge biologique interne, ou rythme circadien, explique Stéphanie Philippe. Ce cycle naturel d’environ 24 h régule nos phases d’éveil, de vigilance et de sommeil. Il influence notre capacité à nous concentrer, à mémoriser des informations et à gérer nos émotions. » Notre état de fatigue ou de récupération n’est jamais anodin : il conditionne en grande partie notre manière d’agir et d’interagir.
Que se passe-t-il lorsque le rythme de sommeil est déréglé ?
Des perturbations répétées du sommeil peuvent dérégler l’horloge interne : en cas d’horaires irréguliers, de stress chronique ou d’une exposition prolongée aux écrans, notamment. Cette désynchronisation se traduit par une fatigue persistante, des difficultés de concentration et une plus grande sensibilité au stress. « C’est insidieux et on ne s’en rend pas compte tout de suite », ajoute Stéphanie Philippe.
Dans le contexte professionnel, la fatigue accumulée peut favoriser les erreurs, accentuer les tensions et entraîner une diminution progressive de l’engagement. « Les personnes les plus exposées au risque de burn-out sont celles qui ont des horaires décalés et différents d’une semaine à l’autre. Le corps ne peut pas s’adapter, et le rythme circadien est complètement bouleversé. »
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L’alimentation et l’hygiène de vie : des effets sous-estimés sur la récupération
L’hygiène de vie joue un rôle majeur dans la qualité du sommeil. Certains comportements, fréquents en période de forte activité professionnelle, altèrent l’endormissement et la récupération :
– La consommation excessive de café ou de boissons stimulantes, surtout après 16 h ;
– Les repas rapides, déséquilibrés ou pris à des horaires irréguliers ou trop tard le soir ;
– Le manque d’hydratation ;
– L’activité physique intense le soir.
« Un déjeuner trop copieux peut accentuer la somnolence de début d’après-midi, tandis qu’un excès de café en fin de journée retarde l’endormissement, précise Stéphanie Philippe. Ces facteurs, lorsqu’ils se répètent, contribuent à l’installation d’une fatigue chronique. »
Sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité : les signaux d’alerte au travail
Des signes individuels de fatigue parfois mal compris
Les effets du manque de sommeil s’installent progressivement et sont parfois confondus avec une baisse de motivation ou un désengagement. Parmi les signes les plus fréquents :
– Une irritabilité accrue ;
– Des difficultés de concentration ;
– Des oublis répétés ou des erreurs inhabituelles ;
– Une sensation d’épuisement dès le matin ;
– Une somnolence en réunion.
Des indicateurs collectifs à ne pas négliger
Lorsque la fatigue concerne plusieurs membres d’une équipe, ses effets peuvent se refléter dans certains indicateurs organisationnels. Par exemple :
– Une hausse de l’absentéisme et des arrêts maladie répétés ;
– Des retards fréquents ;
– Une baisse de la qualité du travail ;
– Une augmentation des incidents ou des quasi-accidents (c’est-à-dire un accident évité de justesse, ou qui n’a pas causé de blessure mais qui aurait pu) ;
– Une démotivation collective.
Ces signaux ne doivent pas être interprétés uniquement sous l’angle de la performance : ils peuvent traduire un déséquilibre entre charge de travail et repos.
Liens entre fatigue et tensions relationnelles
Le manque de sommeil agit sur la capacité à communiquer sereinement et à gérer les interactions professionnelles. Aussi, la fatigue persistante peut entraîner :
– Une moindre tolérance à la frustration ;
– Une réactivité émotionnelle plus forte ;
– Des interprétations négatives des comportements d’autrui ;
– Des conflits plus rapides.
« Une équipe fatiguée est plus vulnérable aux tensions interpersonnelles. La fatigue peut contribuer à la dégradation du climat de travail et favoriser l’émergence de comportements inadaptés, voire de situations de violence verbales voire physiques. »
Comment pour mieux dormir ? Exemples de mesures concrètes en entreprise
Le sommeil ne concerne pas que la sphère privée. En entreprise, il existe des solutions pour aider les salariés à mieux dormir, en prévention des risques professionnels.
Prévention et sensibilisation des collaborateurs
Selon Stéphanie Philippe, « aborder la question du sommeil de manière collective permet de déculpabiliser les difficultés individuelles, et d’ouvrir un espace de dialogue sur la charge de travail et l’organisation ».
Ainsi, la prévention passe par des mesures d’information et de formation :
– Sensibiliser les équipes au lien entre sommeil et travail ;
– Intégrer la question du sommeil dans les démarches de prévention des risques psychosociaux ;
– Accompagner les managers dans le repérage des signes de fatigue ;
– Mettre en place des actions collectives sur la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT).
Autant d’actions que PSO peut vous aider à mettre en place en entreprise. En savoir plus : la prévention des risques psychosociaux en entreprise avec PSO
Agir sur l’organisation du travail
Certaines pratiques organisationnelles simples aident à mieux respecter les rythmes biologiques :
– Limiter les réunions tardives ou très matinales lorsque cela est possible ;
– Respecter le droit à la déconnexion et éviter les sollicitations en dehors des horaires de travail ;
– Planifier les tâches nécessitant une forte concentration sur les périodes de vigilance optimale : matinée et deuxième partie d’après-midi ;
– Anticiper les périodes de forte charge pour éviter les accumulations de fatigue.
Favoriser les temps de récupération
Selon les secteurs d’activité et les possibilités organisationnelles, différentes actions peuvent être envisagées :
– La mise à disposition d’espaces calmes pour les pauses ;
– La limitation des réunions et des sollicitations sur les temps de pause déjeuner ;
– La possibilité d’aménager son temps de travail après des périodes de forte mobilisation.
« De courtes pauses de récupération au cours de la journée contribuent à maintenir l’attention et aussi à prévenir l’épuisement », complète Stéphanie Philippe.


